Laure Forêt
La peau comme frontière, le verre comme mémoire
Le travail de Laure Forêt part d’une question fondamentale sur la relation entre le monde intérieur et le monde extérieur. La peau constitue à cet égard un point de départ important : en tant que frontière entre le corps et l’environnement, mais aussi en tant que surface sur laquelle les expériences, les souvenirs et les émotions laissent des traces.
Dans le cadre de « remnants of the past », sa pratique s’inscrit étroitement dans l’idée de vestiges et de traces. Pour Laure Forêt, les souvenirs ne sont pas seulement liés au passé, mais aussi à la manière dont quelque chose continue d’exister après avoir semblé disparaître. Tout comme les découvertes archéologiques témoignent d’un monde disparu, les matériaux et les œuvres d’art peuvent eux aussi porter les traces de ce qui a autrefois existé.
Le verre joue ici un rôle central. Selon Laure Forêt, ce matériau se situe à la frontière entre différents états : liquide et solide, fragile et résistant, transparent et présent. Il porte en outre en lui sa propre histoire. Dans les œuvres de la série Fossile (2025), elle utilise du verre soufflé à la main comme une sorte de peau sur laquelle apparaissent des empreintes de plantes, d’oursins ou d’anémones. Ces images ne renvoient pas à la mer elle-même, mais à des organismes qui existaient bien avant nous et qui portent en eux une histoire. Le titre Fossile fait référence à des pierres dans lesquelles se sont conservés les vestiges d’anciennes formes de vie. Ces œuvres fonctionnent elles aussi comme des empreintes : elles témoignent toutes d’un passé qui redevient visible. La teinte chair du verre renforce l’association avec le corps et soulève des questions sur la relation entre l’homme, la nature et le temps.
Un élément important dans l’œuvre de Laure Forêt est le rôle actif du spectateur. Ses œuvres invitent à s’approcher, à examiner la matière et à observer attentivement. À l’instar d’un archéologue qui met lentement au jour un vestige, le spectateur est invité à découvrir des couches cachées.
Dans ses œuvres composées de perles de verre, telles que Chrysalide IV (2026) et Ecorce II (2026), elle explore à nouveau la tension entre fragilité et force. Ces structures fragiles sont composées d’innombrables petits éléments reliés entre eux par un fil métallique presque invisible. Partant du centre, l’œuvre s’étend vers l’extérieur en cercles, telle une structure organique qui prend forme au cours du processus de création.
La forme circulaire revient régulièrement dans son œuvre, qui renvoie à la fois aux structures cellulaires microscopiques et aux formes cosmiques, au petit et à l’infini. Le cercle revêt une signification sacrée : une forme présente dans la nature, mais que l’homme associe également aux rituels, aux vitraux et à la contemplation.
Dans les œuvres représentant des mains et dans Jessé (2026), l’idée de mémoire et de lien revient. Les mains, initialement conçues comme des études pour une installation de plus grande envergure à Caen, en France, semblent s’élever : peut-être depuis une tombe, peut-être vers le ciel. Elles évoquent la disparition et la réapparition. L’Arbre de Jessé renvoie à la tradition selon laquelle un arbre symbolise la généalogie et le lien entre les générations. Chez Laure Forêt, ce motif est réinterprété comme une métaphore des relations, des racines et des structures complexes qui relient tous les êtres vivants entre eux.
Les petites gouttes de verre (Déliquescence II, 2024-2026) qui reviennent dans différentes œuvres recèlent elles aussi une histoire. Laure Forêt les fabrique elle-même dans son atelier en faisant fondre du verre. Cette transformation de la matière recèle quelque chose de presque alchimique. Une goutte d’eau peut sembler petite et éphémère, mais elle recèle selon elle une profondeur immense. Tout comme l’eau peut à la fois conserver des souvenirs et les emporter, les gouttes de verre allient fragilité, profondeur et changement.
Le travail de Laure Forêt se situe constamment à la croisée des catégories : entre nature et culture, corps et environnement, passé et avenir, fragilité et force. Ses œuvres nous rappellent que rien ne disparaît complètement : tout laisse une trace.
Els Wuyts
Exposition remnants of my past, Salon Blanc, Ostende (BE)
08/2026